La Tanzanie s’impose progressivement comme une destination culinaire incontournable pour les gastronomes aventureux. Au-delà des safaris spectaculaires et des plages paradisiaques de Zanzibar, ce pays d’Afrique de l’Est révèle un patrimoine culinaire d’une richesse insoupçonnée. Les influences swahilies, arabes, persanes, indiennes et africaines se conjuguent harmonieusement pour créer une cuisine authentique qui fascine les palais les plus exigeants. Avec plus de 120 groupes ethniques et une position géographique stratégique au carrefour des routes commerciales historiques, la Tanzanie offre une diversité gastronomique exceptionnelle. Les chefs internationaux s’intéressent désormais aux épices rares de Pemba, aux techniques ancestrales masaï et aux produits lacustres uniques. Cette reconnaissance internationale transforme progressivement la perception de la cuisine tanzanienne, autrefois méconnue, en véritable trésor culinaire à découvrir.
Les fondements culinaires swahilis : entre héritage arabo-persan et influences indiennes sur la côte tanzanienne

La cuisine swahilie représente le socle fondamental de l’identité gastronomique tanzanienne. Née des échanges commerciaux millénaires entre l’Afrique de l’Est, la péninsule arabique, la Perse et le sous-continent indien, cette tradition culinaire témoigne d’un métissage culturel fascinant. Les marchands arabes et persans ont introduit leurs techniques de cuisson lente, leurs mélanges d’épices sophistiqués et leurs recettes de riz parfumé dès le VIIe siècle. Les commerçants indiens, arrivés principalement au XIXe siècle, ont enrichi ce patrimoine avec leurs currys complexes, leurs pains plats et leurs techniques de fermentation. Aujourd’hui, environ 35% des recettes côtières tanzaniennes intègrent des éléments d’origine indienne, tandis que 45% puisent directement dans l’héritage arabo-persan.
Cette fusion culinaire s’exprime particulièrement dans les centres urbains historiques comme Dar es Salaam, Bagamoyo et Stone Town. Les familles swahilies préservent jalousement leurs recettes ancestrales, transmises oralement de génération en génération. Les épices occupent une place centrale dans cette cuisine : cardamome, clou de girofle, cannelle, cumin, coriandre et safran composent des mélanges aromatiques appelés mchuzi mix. Ces compositions varient selon les familles et constituent de véritables signatures gustatives. La technique du kupikia pole pole, littéralement « cuisiner très lentement », permet aux saveurs de se développer harmonieusement pendant plusieurs heures. Cette approche contraste avec les rythmes culinaires occidentaux et révèle une philosophie gastronomique centrée sur la patience et la profondeur aromatique.
Le pilau tanzanien et ses épices authentiques du marché de darajani à zanzibar
Le pilau tanzanien incarne parfaitement la synthèse des influences culinaires côtières. Ce plat de riz parfumé se distingue nettement de ses cousins indiens ou persans par l’utilisation spécifique d’épices locales. Au marché historique de Darajani à Zanzibar, les vendeuses d’épices proposent des mélanges traditionnels comprenant jusqu’à quinze ingrédients différents. La cardamome verte cultivée à Pemba apporte des notes citronnées, tandis que le clou de girofle zanzibarite confère une profondeur chaleureuse. Les bâtons de cannelle de Koani, plus
proches de la cassonade que des cannelles asiatiques, enveloppent le riz d’une douceur boisée. Le poivre noir de la côte swahilie et les graines de cumin légèrement torréfiées complètent ce profil aromatique complexe. Si l’on ajoute parfois un trait de lait de coco pour arrondir l’ensemble, le pilau tanzanien reste avant tout un plat de fête, servi lors des mariages, de l’Aïd ou des grandes réunions familiales. Pour le voyageur curieux de nouvelles saveurs, déguster un pilau préparé maison dans une famille de Stone Town permet de comprendre à quel point ce riz épicé est au cœur de la sociabilité swahilie.
Sur le plan technique, la réussite du pilau repose sur un enchaînement précis : d’abord la torréfaction des épices entières, ensuite la coloration des oignons jusqu’au brun foncé, puis l’ajout du riz soigneusement lavé. Ce procédé, nommé parfois pilau masala method, permet de fixer les huiles essentielles sur chaque grain. De nombreux chefs tanzaniens réinterprètent aujourd’hui ce plat en version végétarienne ou à base de produits de la mer, sans trahir l’âme de la recette. Dans certains restaurants de Zanzibar, vous trouverez même des versions « dégustation » associant pilau au poulpe, au crabe ou aux légumes de saison, preuve que cette spécialité traditionnelle s’intègre pleinement aux tendances culinaires 2025 axées sur la créativité et les circuits courts.
Les biryani de dar es salaam : fusion des techniques moghole et des produits locaux
À Dar es Salaam, le biryani illustre une autre facette de la gastronomie tanzanienne, plus directement liée à l’héritage indo-pakistanais. Inspiré de la tradition moghole, ce plat se caractérise par une cuisson en deux temps : le riz parfumé au safran ou au curcuma cuit séparément, puis est superposé à une sauce riche en viande ou en poisson. Toutefois, contrairement aux versions indiennes chargées de ghee, les biryani tanzaniens font davantage appel à l’huile végétale locale et au lait de coco, ce qui allège la texture tout en apportant une onctuosité subtile. Les restaurants familiaux de quartiers comme Kariakoo ou Upanga rivalisent de générosité en servant des portions abondantes, souvent accompagnées de salade kachumbari et de piments frais.
Cette fusion moghole-swahilie se lit aussi dans le choix des produits. Le bœuf et la chèvre, plus courants en Tanzanie, remplacent parfois l’agneau, tandis que les versions côtières associent crevettes, mérou ou barracuda. Certains établissements ajoutent des pommes de terre, élément absent des recettes originelles, mais devenu typique de la version tanzanienne. D’un point de vue socioculturel, le biryani reste un marqueur fort des grandes occasions musulmanes à Dar es Salaam, mais il séduit désormais un public plus large, toutes confessions confondues. Pour vous, voyageur, c’est l’opportunité de découvrir comment une technique culinaire historique a été adaptée, simplifiée et rendue accessible sans perdre sa dimension festive.
L’utilisation du lait de coco et du tamarin dans les currys côtiers de bagamoyo
À Bagamoyo, ancien port d’attache des marchands arabes et indiens, les currys côtiers représentent l’un des piliers de la cuisine du quotidien. Ici, le lait de coco n’est pas un simple ajout exotique : il constitue la base crémeuse de la plupart des sauces, adoucissant la puissance du piment et des épices. Le tamarin, utilisé en pâte ou en jus, apporte une acidité fruitée qui rappelle parfois certaines sauces asiatiques, mais avec une intensité propre aux variétés d’Afrique de l’Est. Cette combinaison lait de coco–tamarin crée un équilibre unique entre douceur et vivacité, particulièrement apprécié dans les plats de poisson et de fruits de mer.
Les familles de Bagamoyo préparent traditionnellement leurs currys en commençant par un masala pilé au mortier, associant ail, gingembre, curcuma, coriandre et parfois graines de fenugrec. Le tamarin est ajouté en fin de cuisson, comme on presserait un citron, pour conserver tout son relief acide. De plus en plus de chefs tanzaniens, notamment dans les restaurants de bord de mer et les établissements de type hôtel haut-de-gamme Zanzibar, revisitent ces currys de Bagamoyo en versions contemporaines : réduction des matières grasses, mise en avant du poisson de ligne, accompagnements de légumes oubliés. Vous y trouverez des sauces au tamarin travaillées comme des jus gastronomiques, preuve que l’ADN swahili peut se prêter à des interprétations très modernes.
Les sambusas tanzaniens : variations régionales entre tanga et mtwara
Les sambusas, cousines proches des samoussas indiens, sont omniprésentes sur la côte tanzanienne. Pourtant, entre Tanga au nord et Mtwara au sud, les garnitures et les épices varient sensiblement. À Tanga, influencée par la proximité du Kenya, on privilégie les versions au bœuf haché, aux oignons et au coriandre fraîche, relevées d’un léger piment vert. À Mtwara, en revanche, les sambusas au poisson ou aux crevettes, parfois agrémentées de noix de coco râpée, témoignent de l’abondance des ressources marines. La pâte elle-même peut être plus ou moins fine, croustillante ou légèrement moelleuse, selon le type de farine utilisée et la méthode de friture.
Pour le voyageur, le sambusa devient rapidement un fil conducteur gustatif : on le retrouve dans les gares routières, les marchés de quartier, les stands de street food et même lors des grandes célébrations religieuses. C’est aussi un excellent indicateur de la diversité régionale de la gastronomie tanzanienne. En prêtant attention aux épices dominantes – cardamome ici, cumin là, piment doux ailleurs –, vous pourrez presque deviner dans quelle ville vous vous trouvez. N’est-ce pas une manière ludique de « lire » un territoire à travers ses en-cas ?
L’authenticité des plats nyama choma et ugali : gastronomie pastorale des plateaux du serengeti

Loin des rivages de l’océan Indien, les plateaux du Serengeti et les régions pastorales du nord de la Tanzanie proposent une gastronomie plus rustique, intimement liée à l’élevage bovin et caprin. Ici, la star incontestée reste le nyama choma, viande grillée au feu de bois, presque toujours servie avec de l’ugali et une salade kachumbari. Cette cuisine, plus sobre en épices mais riche en saveurs fumées, reflète le quotidien des communautés masaï, iraqw ou sukuma. Elle répond aussi aux besoins énergétiques des populations rurales qui arpentent de vastes distances à pied ou à dos d’âne.
Pour beaucoup de voyageurs, c’est souvent au retour d’un safari dans le Serengeti ou le Ngorongoro que se produit la rencontre avec un vrai repas « de brousse » : un plateau en bois recouvert de morceaux de viande grillée, que l’on partage du bout des doigts, en façonnant des boulettes d’ugali. Cette expérience culinaire, à la fois simple et profondément conviviale, offre un contrepoint fascinant à la sophistication des currys côtiers. Elle rappelle qu’en Tanzanie, la gastronomie de safari ne se limite pas aux buffets des lodges : elle s’enracine avant tout dans les traditions pastorales.
Les techniques de grillade traditionnelle masaï et leurs rituels culinaires
Chez les Masaï, la grillade de la viande ne relève pas seulement de la technique, mais d’un véritable rituel. La préparation du nyama choma commence souvent par la sélection collective de l’animal, suivie d’un abattage respectueux des croyances locales. Les morceaux sont ensuite découpés de manière très précise, certaines parties étant réservées aux anciens ou aux guerriers, d’autres partagées entre les membres de la famille. La viande est marinée de façon minimale, parfois simplement frottée avec du sel, de l’ail et un peu de citron sauvage, afin de préserver le goût naturel de la bête.
La cuisson s’effectue sur des braises de bois indigènes, comme l’acacia, qui confèrent une signature aromatique particulière. Le feu est maintenu à température modérée, et la viande retournée à la main, sans ustensiles sophistiqués, selon un savoir-faire transmis de père en fils. Les repas de nyama choma sont souvent accompagnés de chants, de récits et de conseils donnés aux plus jeunes, faisant de ce moment une sorte d’« école autour du feu ». Pour vous, observer ou partager ce type de repas, c’est toucher du doigt la dimension profondément sociale de la cuisine pastorale tanzanienne, où le temps semble suspendu.
Le makande et le maharage : légumineuses endémiques du kilimandjaro cultivées en altitude
Dans les régions du Kilimandjaro et des Usambara, la viande grillée laisse souvent place à des plats de légumineuses nourrissants, parfaitement adaptés aux climats plus frais d’altitude. Le makande, mélange de maïs et de haricots blancs ou rouges cuits longuement ensemble, constitue l’un des plats emblématiques des communautés chagga. Ce ragoût rappelle, par sa simplicité, certaines potées paysannes européennes, mais avec des profils aromatiques différents grâce à l’ajout d’oignons, de tomates et parfois de lait de coco. Riche en protéines végétales, il illustre bien la tendance actuelle vers une alimentation plus équilibrée et durable.
Le maharage, terme générique pour les plats de haricots mijotés, se décline en dizaines de recettes selon les villages. Certains les cuisinent avec des feuilles de manioc, d’autres avec des épinards africains (mchicha) ou des morceaux de courge. Ces légumineuses endémiques, cultivées en terrasses sur les pentes du Kilimandjaro, jouent un rôle crucial dans la sécurité alimentaire locale. Pour les randonneurs et les adeptes de trekking, un bol de maharage accompagné de riz ou d’ugali est souvent le repas idéal : économique, rassasiant et respectueux de l’environnement. N’est-ce pas là une manière concrète de concilier tourisme d’aventure et gastronomie responsable ?
Les variétés d’ugali selon les farines locales : millet, sorgho et cassave
Si l’ugali est généralement associé à la farine de maïs blanc, la réalité tanzanienne est bien plus nuancée. Dans les zones semi-arides du centre et du nord, les familles utilisent fréquemment le millet (ulezi) et le sorgho (mtama), plus résistants à la sécheresse. Ces farines confèrent à l’ugali une couleur plus foncée et un goût légèrement noisetté, très apprécié des connaisseurs. Sur la côte et dans certaines régions de l’ouest, la cassave (manioc) entre en jeu, donnant une texture plus élastique et un parfum discret, presque lacté. Chaque variété répond à des contraintes agronomiques, mais aussi à des préférences culturelles bien ancrées.
Pour comprendre à quel point l’ugali structure la gastronomie tanzanienne, il suffit d’observer les gestes qui l’entourent. On le travaille avec la main droite uniquement, on façonne une petite boule, puis on y creuse un creux pour saisir la sauce ou le ragoût. Dans les villages, cet apprentissage commence dès l’enfance, un peu comme l’apprentissage du couteau et de la fourchette en Europe. Pour vous, tester différentes versions d’ugali au fil du voyage – maïs à Arusha, sorgho dans le centre, cassave sur la côte – revient presque à déguster une carte des terroirs tanzaniens.
Zanzibar et pemba : archipels aux épices rares recherchés par les chefs gastronomiques internationaux

Surnommé « l’île aux épices », l’archipel de Zanzibar et sa voisine Pemba attirent depuis plusieurs années l’attention des chefs gastronomiques du monde entier. Au-delà du cliché touristique, ces îles concentrent une biodiversité aromatique exceptionnelle, héritée des anciennes plantations établies à l’époque omanaise. Clou de girofle, cannelle, cardamome, muscade, poivre, vanille : autant de produits qui, une fois séchés, triés et conditionnés, rejoignent les cuisines étoilées de Londres, Dubaï ou Paris. Cette dynamique contribue à repositionner la gastronomie tanzanienne sur la scène internationale, non plus comme simple cuisine « exotique », mais comme source de matières premières d’exception.
Pour les voyageurs, les circuits d’« spice tours » constituent une expérience sensorielle inoubliable. On y découvre comment une simple fleur de giroflier se transforme en clou de girofle, comment la cannelle est prélevée sur l’écorce d’un arbre, ou encore comment le poivre grimpe le long des tuteurs vivants. Ces visites, lorsqu’elles sont organisées de manière responsable, soutiennent directement les petits producteurs et encouragent des pratiques agricoles durables. Elles permettent aussi de comprendre le lien profond entre paysage, histoire et assiette : chaque épice raconte un fragment de la mémoire maritime de l’océan Indien.
La culture du clou de girofle et son intégration dans les recettes du mchuzi wa pweza
Le clou de girofle reste l’emblème absolu de Zanzibar, qui fournit encore aujourd’hui une part significative de la production mondiale. Les arbres prospèrent particulièrement sur les sols riches en matière organique de Pemba et du nord d’Unguja. Récoltés à la main, les boutons floraux sont séchés au soleil jusqu’à devenir bruns et cassants, concentrant ainsi leurs huiles essentielles. Dans la cuisine locale, le clou de girofle ne se contente pas de parfumer les desserts : il s’invite dans les plats salés, notamment les ragoûts de poulpe, le fameux mchuzi wa pweza.
Dans cette recette, les morceaux de poulpe sont attendris par une pré-cuisson lente, puis mijotés dans une sauce au lait de coco, tomates, ail, gingembre et clou de girofle. Ce dernier apporte une chaleur épicée qui se marie étonnamment bien avec la texture ferme et iodée du céphalopode. Certaines cuisinières ajoutent aussi quelques traits de jus de citron ou de tamarin pour équilibrer la richesse du coco, créant ainsi une palette de saveurs à la fois marines et épicées. Pour les chefs internationaux, ce mariage poulpe–clou de girofle représente une source d’inspiration : on voit apparaître, dans certains restaurants gastronomiques, des émulsions coco-girofle accompagnant des fruits de mer, directement inspirées du mchuzi wa pweza zanzibarite.
Le cardamome verte de pemba et la cannelle de koani dans les pâtisseries mandazi
Si les mandazi sont désormais connus dans une bonne partie de l’Afrique de l’Est, ceux de Zanzibar se distinguent par l’usage généreux de cardamome verte et de cannelle locale. À Pemba, la cardamome se cultive à l’ombre des plantations de giroflier, profitant de l’humidité et des sols fertiles. Ses gousses, plus petites mais plus parfumées que certaines variétés asiatiques, libèrent des notes citronnées et mentholées idéales pour les pâtisseries. À Koani, au centre d’Unguja, la cannelle est obtenue en prélevant successivement les couches internes de l’écorce, avant un séchage soigneux qui fait légèrement s’enrouler les bâtons.
Dans les mandazi traditionnels, la pâte à base de farine de blé, de lait de coco et de sucre est aromatisée avec ces deux épices, parfois complétées de muscade râpée. Le résultat ? Un beignet moelleux, peu sucré, dont la complexité aromatique rivalise avec certaines viennoiseries occidentales. Pour un voyageur habitué aux donuts industriels, la différence est frappante : ici, chaque bouchée raconte la forêt tropicale, l’ombre des plantations et le travail patient des cueilleurs. De nombreux cafés de Stone Town proposent désormais des plateaux de mandazi accompagnés de cafés filtrés ou de masala chai, créant un véritable rituel de petit-déjeuner swahili moderne.
Les plantations de muscade et leur transformation artisanale à kizimbani
À Kizimbani, au cœur de Zanzibar, la muscade se dévoile dans toutes ses dimensions. Les arbres portent des fruits jaune pâle qui, à maturité, s’ouvrent pour révéler la noix entourée d’un arille rouge vif : le macis. Les producteurs locaux exploitent ces deux parties : la noix séchée et moulue pour les préparations salées ou sucrées, le macis pour des utilisations plus fines, notamment dans les desserts ou certaines boissons. La transformation reste largement artisanale, avec des temps de séchage ajustés au climat et une sélection minutieuse des noix de meilleure qualité pour l’exportation.
Dans la cuisine tanzanienne, la muscade s’utilise par touches discrètes dans les ragoûts de haricots, les purées de patates douces ou les sauces au lait de coco. Elle fait aussi son apparition dans des recettes plus contemporaines : glaces maison au lait de coco et muscade, crèmes dessert inspirées des custards britanniques, ou encore sirops parfumés pour cocktails. Pour les visiteurs, la découverte de la muscade à Kizimbani permet de comprendre comment une épice venue historiquement d’Asie a trouvé en Tanzanie un second terroir. C’est aussi l’occasion de rapporter un souvenir culinaire durable, bien plus parlant qu’un simple objet décoratif.
Le poivre sauvage de makunduchi : terroir volcanique et notes aromatiques distinctives
Plus au sud, autour de Makunduchi, le poivre sauvage prospère sur des sols d’origine volcanique, riches en minéraux. Les lianes grimpent le long des arbres d’ombrage, produisant des grappes de baies qui seront récoltées à différents stades de maturité pour obtenir poivre vert, noir ou rouge. Les petits producteurs, souvent regroupés en coopératives, misent sur une agriculture biologique de fait, sans intrants chimiques, ce qui séduit particulièrement les restaurateurs engagés dans une démarche durable. Les analyses sensorielles réalisées par certains importateurs européens mettent en avant des notes fraîches, presque mentholées, distinctives du poivre de Makunduchi.
En cuisine, ce poivre est prisé pour son intensité aromatique plus que pour sa brûlure. On l’utilise volontiers concassé sur des carpaccios de poisson, des salades de fruits tropicaux ou même des desserts à base de chocolat et de coco. Imaginez un ananas rôti au feu de bois, nappé d’un sirop léger et saupoudré de poivre noir de Makunduchi : une association qui résume à elle seule la capacité de la gastronomie tanzanienne à surprendre et à séduire. Pour le voyageur gourmet, visiter une petite plantation et déguster le poivre fraîchement moulu constitue une expérience sensorielle rare, comparable à la visite d’un vignoble pour un amateur de vin.
Les protéines lacustres du lac victoria et du lac tanganyika : dagaa séché et tilapia fumé
Si l’océan Indien joue un rôle majeur dans la cuisine de la côte, les grands lacs intérieurs de la Tanzanie – Victoria et Tanganyika en tête – fournissent une autre source essentielle de protéines : les poissons d’eau douce. Parmi eux, le dagaa, petit poisson proche de l’anchois, tient une place centrale dans l’alimentation des populations riveraines. Pêché en grandes quantités, souvent de nuit, il est ensuite séché au soleil sur des claies ou des nattes, ce qui permet de le conserver plusieurs mois. Riche en protéines, en calcium et en oméga-3, le dagaa répond parfaitement aux préoccupations nutritionnelles contemporaines.
Le tilapia, quant à lui, est fréquemment fumé dans des fumoirs rudimentaires en bois, puis vendu sur les marchés ou servi dans les local joints des villes comme Mwanza ou Kigoma. Ce poisson fumé entre dans une multitude de préparations : ragoûts à la tomate, sauces au coco, grillades réchauffées au feu de bois. Pour les voyageurs en quête d’authenticité, goûter un tilapia fumé fraîchement préparé, accompagné d’ugali ou de riz, offre une perspective différente sur la gastronomie tanzanienne, loin des circuits touristiques habituels. On réalise alors que le pays ne se réduit ni à la côte swahilie, ni aux plaines de safari, mais qu’il se décline aussi en saveurs lacustres puissantes et réconfortantes.
Street food tanzanienne et gastronomie urbaine : mishkaki, chips mayai et vitumbua des marchés de stone town
Dans les grandes villes tanzaniennes, et plus particulièrement à Stone Town, la street food joue un rôle clé dans l’expérience culinaire des voyageurs. Les stands se succèdent le long des ruelles et des places, proposant des spécialités rapides mais savoureuses qui témoignent d’une créativité débordante. Les mishkaki, brochettes de viande marinée puis grillée au charbon, en sont l’un des symboles les plus visibles. Marinés dans un mélange d’ail, de gingembre, de citron et de piment, ces cubes de bœuf, de poulet ou parfois de foie développent une intensité aromatique surprenante pour un plat de rue. Ils accompagnent volontiers une bière locale ou une limonade au gingembre (tangawizi).
Autre icône de la street food tanzanienne, le chips mayai – omelette aux frites – résume à lui seul l’ingéniosité culinaire urbaine. Simple, économique et très rassasiant, il est particulièrement prisé des étudiants et des travailleurs. Les vitumbua, petites galettes de riz et de coco cuites dans des moules arrondis, représentent quant à eux la version sucrée de cette gastronomie de rue. Croustillants à l’extérieur et fondants à l’intérieur, ils sont souvent dégustés au petit-déjeuner, accompagnés d’un thé au lait épicé. Pour vous, explorer ces stands de rue, c’est accepter de sortir des sentiers battus et de goûter à la Tanzanie telle qu’elle se vit au quotidien, en gardant bien sûr à l’esprit quelques règles de prudence sanitaire (cuisson complète, hygiène des stands).
L’œnotourisme émergent et les boissons fermentées traditionnelles : bière de banane mbege des chagga et vin de miel wanzuki
Si l’on associe rarement la Tanzanie au vin, le pays développe pourtant depuis une dizaine d’années un œnotourisme discret mais prometteur, principalement dans la région de Dodoma. Des domaines viticoles expérimentent des cépages adaptés aux climats tropicaux, donnant naissance à des vins rouges et blancs servis dans certains lodges et restaurants haut de gamme. Parallèlement, les boissons fermentées traditionnelles continuent de jouer un rôle fondamental dans la vie sociale et rituelle des communautés locales. Parmi elles, la bière de banane mbege, élaborée par les Chagga du Kilimandjaro, occupe une place particulière.
Préparée à partir de bananes plantains mûries puis cuites et mélangées à des céréales fermentées (souvent du millet), la mbege présente une texture trouble et une saveur légèrement acidulée, avec un degré d’alcool modéré. Elle est servie dans de grandes calebasses lors des mariages, des négociations de dot ou des célébrations communautaires. Le wanzuki, vin de miel traditionnel, illustre une autre facette de ce patrimoine liquide. Obtenu par fermentation d’eau et de miel, parfois agrémenté d’écorces ou d’herbes aromatiques, il rappelle, par certains aspects, l’hydromel européen. Ces boissons, longtemps confinées à la sphère domestique, commencent à intéresser les mixologues et les bars d’hôtels qui les intègrent dans des cocktails signature.
Pour le voyageur curieux, déguster un verre de mbege dans un village chagga ou un cocktail à base de wanzuki dans un bar de Dar es Salaam, c’est un peu comme passer des coulisses à la scène principale. On découvre que la Tanzanie ne séduit pas seulement par ses assiettes, mais aussi par ses verres, où se mêlent traditions séculaires et expérimentations contemporaines. À l’heure où l’œnotourisme et le tourisme brassicole explosent dans le monde, le pays possède tous les atouts pour proposer une alternative originale centrée sur ses propres boissons fermentées et ses vignobles émergents.